Extrait du chapitre 1 d'un texte final
« La
Peugeot 206 noire se gara non loin
du 14 de la rue du
Chapeau Rouge. Il
était sept heures
quarante-cinq. Les rues de Dijon étaient
encore silencieuses et les volets des magasins tirés. De
rares passants
marchaient à grandes enjambées, d’autant qu’une pluie fine et
pénétrante
tombait sans discontinuer en ce matin d’avril. Le docteur Grace Bonim,
dermatologue de son état, arrivait à son cabinet.
Béatrice
était là, assise derrière son bureau. Elle avait déjà sorti les
dossiers des
clients du jour dans leur ordre d’arrivée et les avait empilés devant
elle.
Aucune personne s’adressant au secrétariat ne pouvait manquer le poster
qu’un
laboratoire avait récemment offert et qu’elle avait affiché dans son
dos,
poster qui représentait un chevalier du Moyen-âge tenant à la main sa monture qui se
désaltérait à l’eau d’une
source jaillissant d’un rocher. Le docteur Bonim était très attentive à
l’esthétique de son cabinet : elle avait choisi elle-même avec
beaucoup de
circonspection les peintures, les rideaux et le mobilier. Aussi
n’appréciait-elle pas toujours les initiatives de sa secrétaire en
matière de
décoration. Mais enfin le charme de la représentante et l’efficacité
des
produits Laroche-Posay avaient eu raison de sa réticence, tant et si
bien
qu’elle n’avait dit mot en découvrant un matin l’affiche punaisée dans
le dos
de sa secrétaire…
-
On supporterait bien un peu de chauffage, il y avait encore du givre
sur mon
pare-brise ce matin, dit-elle à Béatrice
en enlevant son manteau, et elle remonta le thermostat.
Béatrice
sourit et tendit l’agenda des rendez-vous au médecin qui parcourut des
yeux la
liste des patients… 24 noms se succédaient, de quoi s’occuper jusqu’à
20 h ce
soir sans interruption. Elle identifia d’un coup d’œil quelques
patients
qu’elle connaissait, une ou deux poussées de rosacée, un eczéma
récalcitrant,
un sixième peeling pour cette cliente qui tentait de ressembler à
Claudia
Schiffer malgré sa pelade, son herpès chronique et les quatre verrues
qui
ornementaient ses pommettes violacées.
La
routine… Le dernier nom inscrit attira cependant son
attention : «
Walû Makashâr ? Qui est-ce ? »
- Je
ne sais pas, c’est une urgence. Ce monsieur a téléphoné hier en fin
d’après-midi
pour une allergie, je crois. Il a un accent très particulier. Je l’ai
prévenu
qu’il risquait d’attendre une ou deux heures mais il a maintenu son
rendez-vous.
- Bien.
Au fait Béatrice, vous penserez à recommander une bonbonne d’azote
liquide ?
- C’est
fait.
Elle
est parfaite, pensa Grace Bonim. La sonnette retentit, Béatrice appuya
sur
l’ouvre porte tandis que le docteur disparaissait dans son bureau. Elle
alluma
les lampes et enfila sa blouse blanche. Elle se lava soigneusement les
mains,
les passa au désinfectant et s’assit pour consulter la fiche du premier
client : profession, situation familiale, prénoms et âges des
enfants, études, le
nom du chien, et
diverses anecdotes qu’elle notait à la fin de chaque rendez-vous.
Quand le
patient revenait, il avait la stupéfaction de s’entendre demander des
nouvelles
de toute sa famille comme si le docteur Bonim eut été une amie intime.
C’était
fort agréable pour la clientèle et témoignait d’un professionnalisme
rare.
C’est ainsi qu’elle relut les informations relatives à sa première
cliente
juste avant d’aller la chercher dans la salle d’attente et qu’elle
l’accueillit
par ces mots : « Alors, comment va votre fille
Joséphine qui est
caissière à Carrefour ? » »
>>>
retour vers le synopsis et les champs de personnalisation